Système bloqué

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On croit rêver. Le dévissage vertical du président de la République de ce soir a été suivi, dans la foulée, par le dévissage latéral des commentateurs habituels. Rien à attendre, rien à faire. Le système est bloqué, par la faute d’un seul. C’est sidérant.

Au fond, les Gilets jaunes et leurs soutiens politiques sont les derniers signes de vie, de résistance à l’agonie, de protestation contre la souffrance, d’un pays constamment, incessamment maltraité. Tout le reste est ensablé dans la confusion, le mensonge et une sorte de méchanceté philosophique, qui considère que ce sont les humains qu’il faut réformer, pas les Etats. C’est pourquoi il me semble que le président de la République, ce soir, tente tout simplement d’asphyxier ce qui reste d’opposition, sous le poids du pouvoir démesuré que lui confère cette Ve République agonisante et toxique.

Nous avons eu affaire, une fois de plus, à la restitution frivole d’un séminaire de management.

On aurait pu faire au président Emmanuel Macron une suggestion venue du passé, suggestion soufflée par l’homme qui a voulu la Ve République, à laquelle il tient tant, un homme auquel il aimerait tant ressembler. Annonçant le référendum sur l’élection du Président au suffrage universel en 1962, Charles De Gaulle déclarait en effet, lors d’une conférence de presse : « Si votre réponse est ‘non’ (…) ou même si la majorité des ‘oui’ est faible, médiocre, aléatoire, il est bien évident que ma tâche sera terminée aussitôt et sans retour. Car que pourrai-je faire ensuite sans la confiance chaleureuse de la nation ? »

On aurait pu avoir l’honneur d’assister à un geste d’homme d’Etat, face à un pays en état d’insurrection permanente et de délitement méthodique. A la place nous avons eu affaire, une fois de plus, à la restitution frivole d’un séminaire de management.

Il s’agit donc, à partir d’aujourd’hui, de choisir de le suivre dans le vertige de l’étouffement, de passer le reste de nos vies sous chloroforme, ou de brasser encore plus l’air ambiant, d’ouvrir les fenêtres et les portes à coups de pied, de ne pas lâcher prise. Beaucoup de contre-pouvoirs ayant abdiqué, le Parlement étant étranglé, la rue, « le nombre écrasant et malpoli » comme je l’écrivais ailleurs, est devenu le seul contre-pouvoir significatif en France, aujourd’hui.

A ceux qui trouvent la situation inconvenante, je dis : il faut vouloir aussi les conséquences de ce que l’on veut, répétait De Gaulle, paraît-il. Vous avez voulu Macron ? Vous aurez aussi les Gilets jaunes.

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