
Étrangement, après qu’on a tant appris sur la guerre, sur Verdun, Craonne, Ypres et Tilloloy, après qu’on a tant lu de livres sur l’enfer des combats avec messieurs Barbusse, Dorgelès, Genevoix, Cendrars et Chevallier, après qu’on a admis que dans l’Artois, la Somme, l’Oise, la Marne et les Vosges, les événements ne s’étaient pas seulement déroulés sous la présidence majestueuse d’une Marianne au sein nu, jouissant avec pitié du courage sacrificiel de ses fils, mais aussi dans la compagnie grouillante des rats, des poux, des corps des suicidés, de la tristesse, de l’injustice, des salauds et des imbéciles, après qu’on a été abondamment informé, cela n’a pas suffi. Nous avons récidivé. Nous aimons la guerre, il faut croire.
Sans doute est-ce autre chose qu’on aurait dû retenir ; sans doute le tableau général de l’horreur nous a-t-il seulement permis de stupidement répéter « plus jamais ça » en nous bouchant le nez, mais c’est tout. Ce qu’on voulait peut-être dire, c’était : « plus jamais ça, comme ça ». Et même à ça, nous avons échoué : en Ukraine, deux infanteries boueuses se massacrent les yeux dans les yeux.
Il aurait peut-être fallu que nous acceptions plus exactement, plus précisément, ce que nos grands-pères ont compris pour nous, qui n’avons décidément rien compris. Et je dis que, peut-être, est-ce précisément CE QU’ILS N’ONT PAS DIT, ce qu’ils n’ont pas avoué, ce qu’il n’ont pas osé admettre, qui aurait pu être l’essentiel — le DÉCISIF.
Depuis cent ans, le bavardage des généraux et des ministres nous fait perdre du temps. Les dominants ne sont jamais intéressants. C’est le silence des soldats qui aurait dû et qui devrait toujours nous alerter : la vérité est là, tue, cachée, attendant son heure, indicible et centrale.